Discrimination/PVVIH : « L’ignorance, première des causes de stigmatisation » (Christian Tshimbalanga)

Christian Tshimbalanga, Expert ONUSIDA
Christian Tshimbalanga, Expert ONUSIDA

« L’ignorance fait partie des premières causes de stigmatisation et de discrimination » des personnes vivant avec le VIH (PVVIH), a estimé Christian Tshimbalanga (Expert et consultant droits humains à l’ONUSIDA), à l’occasion de la Journée Zéro discrimination.

« La peur est également liée à l’ignorance », a-t-il souligné lors d’un webinaire organisé par Le Réseau africain des médias pour la promotion de la santé et de l’environnement (REMAPSEN) pour marquer cette journée.

Instituée par ONUSIDA, la Journée Zéro discrimination célèbre le 1er mars de chaque année, le droit de quiconque de mener une vie épanouie et productive, dans la dignité. Cette journée met aussi l’accent sur les possibilités d’informer la population et de promouvoir l’inclusion, la compassion, la paix et surtout une dynamique de changement. L’édition 2023 a pour thème « Sauvons des vies : décriminalisons ».

Selon ONUSIDA, la criminalisation favorise la discrimination et les inégalités structurelles.

Pour M. Tshimbalanga, le manque d’inclusion des communautés, l’absence de partage de bonnes pratiques et d’informations, le manque de données scientifiques  … sont autant de causes de discrimination et de stigmatisation. A cela, il faut ajouter l’auto stigmatisation dont la cause première est la réponse de la société. 

« C’est la stigmatisation qui vient à l’externe. Avant que quelqu’un ne s’auto stigmatise, il faut que cette personne ait vu quelque chose dans la société. Ce n’est qu’à ce moment que c’est possible. Tant que la personne ne s’est pas rendue compte que ce qu’elle est ou ce qu’elle fait est stigmatisé,  elle ne peut pas s’auto stigmatiser » a expliqué M. Tshimbalanga.

« Il y a aussi la peur qui est également liée à l’ignorance. Quand on n’a pas la bonne information, on a peur par exemple de manger dans la même assiette qu’une personne atteinte du VIH ou de fréquenter cette personne, de peur d’être contaminée », a ajouté l’expert.

« Vous ne pouvez pas imaginer combien l’ignorance peut causer la stigmatisation et la discrimination. Moi-même, je stigmatisais certaines populations, parce que je n’avais pas la bonne information. Mais quand j’ai compris, beaucoup de choses ont changé et me voilà, acteur de lutte et de riposte au VIH ».

Mais c’est quoi, la bonne information ?

Selon ses explications, il y a des termes qui influent beaucoup dans la stigmatisation et la discrimination : « Par exemple, VIH et sida sont deux choses différentes. Le VIH peut conduire au sida, mais le VIH n’est pas le sida. Le sida, c’est l’étape où la personne n’a pas été prise en charge et développe des maladies opportunistes et donc peut atteindre le niveau sida.  Mais il faut noter qu’avec le miracle que font les ARV, nous avons aujourd’hui des PVVIH qui vivent très longtemps et ne développent même pas la maladie », a-t-il ajouté, soulignant que les médias contribuent beaucoup à la lutte.

Il les a donc invités à continuer à relayer la bonne information, à éviter les termes péjoratifs et à adopter les appellations et termes appropriés comme « Personne vivant avec le VIH », « Personne en détention », « Professionnels de sexe », etc.

Selon le consultant en droits humains à l’ONUSIDA, les médias peuvent aider à combattre l’ignorance qui alimente la stigmatisation et la discrimination.

« Vous les médias, vous avez un rôle capital, et c’est prouvé. Vous pouvez modeler l’opinion. Par exemple envoyer un message pour dire qu’en matière de lutte contre le VIH, la discrimination est un véritable problème », a-t-il précisé.

Pour l’atteinte des objectifs de Zéro discrimination, il va falloir travailler en synergie avec tous les acteurs, c’est un partenariat. Aujourd’hui, nous sommes dans la bonne direction, on a certes fait beaucoup de progrès, car le VIH nous a appris beaucoup de choses et on apprend chaque jour. Mais, nous ne devons pas baisser les bras. Si d’ici 2030, nous ne changeons pas catalyseurs sociétaux, nous aurons 2 millions de personnes infectées.

Alliance Côte d’Ivoire, des actions phares

Précisons qu’une vingtaine de coordonnateurs du REMAPSEN ont pris part à cette rencontre qui a permis à M. Tshimbalanga de présenter le Partenariat mondial pour l’élimination de la stigmatisation et de la discrimination liées au VIH, une initiative clé pour atteindre les objectifs des facteurs/catalyseurs sociétaux de la stratégie mondiale de lutte contre le sida 2021-2026 et assurer la redevabilité de la déclaration politique sur le VIH/sida de 2021.

La cheffe division des droits de l’homme de l’ONG Alliance Côte d’Ivoire, Mme Michelle Goba, également exposé les activités phares menées par Alliance Côte d’Ivoire dans la lutte contre et la discrimination et la stigmatisation contre le VIH/sida : conception et production de guides juridiques à l’éducation des populations clés, prise en charge des populations cibles, actions de sensibilisation sur le changement de perception des populations clé, des forces de défenses et de sécurité ainsi que des populations.

Notons que cette ONG cible les personnes transgenres, les survivants de violences basées sur le genre, les usagers de drogue, les personnes atteintes de tuberculose. Mme Goba signale toutefois, des difficultés d’ordre financière, environnementales. L’Alliance doit également œuvrer à l’intensification du plaidoyer sur plusieurs axes dont les réformes légales et l’éducation juridique des communautés.

Rappelons que la rencontre a été présidée par Bamba Youssouf (Président du REMAPSEN). C’est la deuxième réunion du REMAPSEN, une organisation professionnelle des médias en Afrique et à Madagascar, qui nourrit l’ambition de réduire le déficit de communication entre les décideurs et les populations bénéficiaires. FIN

Ambroisine MEMEDE