Ghana: Bukom, le quartier où l’on « construit les champions » de boxe (MAGAZINE)

Parkins Takyi-Aidoo, jeune Ghanéen de 13 ans, sautille tel un danseur autour du punching-ball, et frappe avec violence sur le sac, espérant que la force de ses coups l’emporte jusqu’aux sommets de la gloire. Et loin de son quartier déshérité.
L’adolescent a déjà un grand avantage pour devenir professionnel: il s’entraîne à Bukom, la « Mecque de la boxe », surnom de ce quartier de pêcheurs d’Accra.

Bukom, sur la côte Atlantique, a vu grandir la quasi-totalité des boxeurs professionnels ghanéens, un peu comme le village d’Iten, sur les hauts-plateaux kényans, pépinière des plus grands coureurs de marathon au monde.
A Bukom, pas de grands espaces, mais des baraques de tôles brinquebalantes.

Le béton a remplacé les pistes de terre, mais comme à Iten, les gamins regardent les succès de leurs grands frères avec la même admiration et la même envie de devenir champions.
Parkins vient tous les jours dans son petit club en plein air et s’entraîne des heures durant, au son des vagues qui viennent s’écraser contre les rives d’Accra.
« C’est ici que l’on construit les champions », raconte-t-il à l’AFP, essuyant la sueur de son front. « Mais il faut être décidé à travailler dur (…) C’est pour ça que je suis ici ».

– Haltères rouillés, vieux punching-balls –

Dans la cour extérieure d’une maisonnette, qui fait office de salle d’entraînement, le coach a peint des cercles jaunes sur le macadam pour s’exercer aux déplacements.
De vieux punching-balls élimés pendent dans un coin. Des haltères rouillés par le temps et par l’air de la mer traînent dans un autre.
Mais mieux vaut ne pas se fier aux apparences. Sept champions du monde de boxe sont originaires du Ghana, et presque tous viennent de ce quartier pauvre où les anciennes maisons coloniales s’effritent au milieu des baraques de fortune.

La nouvelle idole des jeunes de Bukom est Joshua Clottey, champion de l’IBF
(International Boxing Federation), catégorie welters en 2008.
Mais leur boxeur légendaire reste Azumah Nelson, figure vénérée au Ghana. Tout juste sorti de Bukom, Azumah a remporté trois titres WBC (World Boxing Council), en plume et super-plume, dans les années 1980 et 1990 et est salué à travers le continent comme l’un des plus grands boxeurs africains.
Le petit club où s’entraîne Parkins a été fondé par Ike Quartey, une autre star du cru, champion du monde poids welters WBA de 1994 à 1997.

Au Ghana, le football reste le sport le plus populaire mais le gouvernement actuel, en pleine campagne pour une réélection le 7 décembre prochain, a choisi de se concentrer sur la boxe pour « faire revivre et entraîner les talents dont le Ghana est béni », tel que l’a annoncé le président John Dramani Mahama.
C’est pourquoi un immense complexe sportif a été inauguré mi-novembre à Bukom: avec deux salles de gym ultra-modernes, des physiothérapeutes à disposition, une immense salle de conférence, et une arène en plein air de 4.000 places qui entoure le ring, le complexe devrait redonner vie au quartier et ne plus faire de la boxe un sport pour les oubliés.

– ‘Devenir quelqu’un’ –

Coach Prince Owusu, 37 ans, l’un des entraîneurs du club où s’entraîne Parkins à Bukom, explique le succès de la boxe par la pauvreté qui entoure ce quartier de pêcheurs d’Accra. « Avec la boxe, dans le futur, tu peux devenir quelqu’un », dit-il.
Bien sûr, tous ne deviendront pas des champions. Mais le sport de combat peut offrir de nombreuses opportunités d’emploi dans un pays ou le chômage est très élevé et l’éducation trop onéreuse pour beaucoup de jeunes.
La discipline requise dans ce sport fait de ces jeunes athlètes des candidats parfaits pour rejoindre la police ou des agences de sécurité privées.

« Savoir combattre, maîtriser l’auto-défense, c’est déjà un atout pour trouver du travail », poursuit M. Owusu.
Un atout important lorsque, comme tous les habitants de Bukom, on est né dans une famille de pêcheurs, loin du miracle de l’or et du pétrole ghanéens.
« La grande majorité des habitants de Bukom sont illettrés », explique Peter Zwennes, président de l’Association de Boxe du Ghana. « Beaucoup de jeunes, parce qu’ils ne peuvent pas aller à l’école remplacent l’éducation par la boxe dès leur plus jeune âge ».

SOURCE : AFP

En Photo: Joshua Clottey.