Sandrine Fati ISSIFOU : « J’étais une morte-vivante sociale, aujourd’hui je brise le silence sur l’infertilité »

À Lomé (capitale togolaise), une voix s’élève pour briser l’un des tabous les plus féroces de notre société : l’infertilité. Mme ISSIFOU Sandrine Fati, présidente de l’association « La Barre des Arides » (BAARI), raconte avec une pudeur bouleversante son passage de la « mort sociale » à la renaissance.

Son combat n’est plus seulement de donner la vie, mais de redonner une dignité à celles que la société traite comme des « terres infertiles ». Portrait d’une femme qui a transformé sa douleur en bouclier pour les autres.

Le banc des accusés 

Le nom de son association, « La Barre des Arides », sonne comme un verdict : « C’est une référence à la justice », explique Sandrine. « À cette impression d’être perpétuellement à la barre, sur le banc des accusés, parce qu’on ne porte pas d’enfant ». L’infertilité pour elle, n’est pas qu’un diagnostic médical, c’est une condamnation sociale.

Son engagement est né d’un traumatisme. Après des années de lutte acharnée pour concevoir, son propre médecin finit par lui rendre son dossier médical : il refuse de continuer les soins. Le choc est brutal, mais l’explication du praticien sera le déclic de sa vie : « Madame ISSIFOU, à chaque fois que je vous vois en salle d’attente, vous êtes la plus malheureuse. Je ne sens plus de vie en vous ».

La renaissance d’une « morte sociale »

« J’étais morte moralement », confie-t-elle. Sandrine réalise alors qu’elle porte le deuil d’une maternité qui ne vient pas, au point de s’oublier elle-même.

« Je vivais une mort sociale. Il a fallu que je me regarde en face, que je voie ma propre détresse pour décider de renaître de mes cendres », explique-t-elle.

Une fois debout, son regard change. Dans les cliniques, elle ne voit plus seulement des patientes, mais des sœurs d’armes, des femmes « éteintes » par la pression. Elle décide alors de les rassembler. Ainsi naît BAARI. Son objectif : la santé mentale. Car si le corps souffre, c’est l’âme qui est piétinée par les violences morales invisibles.

« Tu manges et tu chies gratuitement »

Sandrine ne cache rien de la violence des mots subie au quotidien. « Le rejet commence dans le foyer, dans le couple, avant de s’étendre au quartier, dans la communauté ». Dans le milieu professionnel, le mépris est parfois frontal. Elle se souvient, la voix ferme, de cette insulte reçue : « Et toi, tu es encore là, tu manges et tu chies gratuitement ».

Pour la société, une femme sans enfant est une femme inutile. « On nous lance des regards de dédain, on nous rend responsables de tout, alors que l’homme peut aussi être la cause de l’infertilité. Mais c’est toujours la femme qui est jetée dehors par la belle-famille ou abandonnée pour une autre », déplore-t-elle.

L’autonomisation comme premier remède

« Notre combat à part le réveil social, c’est l’autonomisation de la femme infertile ou stérile. Nos actions dans ce sens, sont placées sous le thème Mon autonomisation, mon premier remède ».

Aujourd’hui, Sandrine et ses sœurs de combat ne se contentent plus d’attendre un miracle biologique, elles agissent. À travers le projet « Un cahier, un sourire », elles distribuent des kits scolaires aux enfants démunis dans les fermes reculées du pays. « Nous ne portons pas la vie en nous, mais nous soutenons la vie autour de nous. Sommes-nous pour autant inutiles ? Non ».

En soutenant des microprojets de femmes infertiles, Sandrine veut prouver que la valeur d’une femme ne se mesure pas à la fertilité de son utérus, mais à sa capacité à contribuer à la société : Et le credo de l’association est clair : « A la barre, nous résistons aux regards !! ».

Un cri vers les autorités

Le combat de Sandrine est aussi politique. Elle interpelle les autorités togolaises sur l’Assurance Maladie Universelle (AMU). « La prise en charge de la fertilité est coûteuse et éprouvante. Pourtant, l’assurance reste muette sur ce sujet. Certaines femmes n’ont besoin que d’un petit coup de pouce médical, mais le prix les en empêche »., déplore-t-elle.

Elle appelle à la solidarité féminine : « Que vous soyez mère ou non, soutenez-nous. Ce message, c’est vous qui allez nous aider à le porter plus haut ».

Sandrine Fatih ISSIFOU ne baisse plus les yeux. Elle a quitté la barre des accusés pour devenir l’avocate de celles que l’on n’entend pas. FIN

Ambroisine MEMEDE