2025 a été une année particulièrement riche en activités pour la diplomatie togolaise qui connaît actuellement un rayonnement exceptionnel. Dans une interview, Prof. Robert Dussey, Ministre des affaires étrangères, de la coopération, de l’intégration africaine et des Togolais de l’extérieur, revient largement sur les grands points ayant marqué la diplomatie togolaise.
Question: Monsieur le Ministre, comment expliquez-vous ce regain de vitalité de la diplomatie togolaise ?
Robert Dussey : Bonjour monsieur ! C’est toujours pour moi un réel plaisir autant qu’un agréable devoir de me livrer, à chaque fin d’année, à cet exercice qui consiste à faire le bilan de l’action diplomatique du Togo et présenter les défis auxquels nous sommes confrontés.
Dans le contexte actuel d’un monde marqué par la complexification des défis politiques et sécuritaires, le renversement des équilibres mondiaux sur fonds d’émergence de nouveaux pôles de puissance et le recul du multilatéralisme, le Togo, sous le leadership du Président du Conseil, S.E.M. Faure Essozimna GNASSINGBÉ, a fait le choix d’ancrer son action diplomatique dans le renforcement de son engagement pour la paix en Afrique et dans le monde, la lutte pour la réparation des injustices historiques vécues par les peuples africains et la mobilisation des diasporas et des afrodescendants autour de l’idéal panafricain. En ces temps où s’amorce une bascule vers un monde nouveau multipolaire, notre ambition est de mobiliser tous les pays africains en vue d’une redéfinition de la vision stratégique du continent pour lui permettre d’avoir une position et une voix fortes susceptibles d’infléchir les grandes orientations mondiales au profit des intérêts de l’Afrique.
Comme l’a dit le Président du Conseil à l’occasion de l’ouverture du 9ème Congrès panafricain, «nous pouvons écrire ensemble une nouvelle page de notre histoire, une page de dignité, une page de souveraineté, une page de renaissance». Il est temps que l’Afrique prenne conscience de sa force réelle et de sa véritable place dans le monde.
La défense de nos intérêts nationaux à travers le renforcement de la coopération avec nos partenaires et la promotion du rayonnement international du Togo constituent l’autre axe de notre action diplomatique.
Le 9ème Congrès panafricain qui s’est tenu à Lomé il y a quelques jours a été l’une de vos activités majeures pour cette année. Qu’est-ce qui explique le choix du Togo et quels sont les résultats de ce Congrès ?
Du 08 au 12 décembre 2025, notre pays a été l’épicentre du panafricanisme. Evénement hautement significatif pour le monde africain et les afrodescendants, le 9ème Congrès panafricain qui s’inscrit dans la mise en œuvre de l’Agenda 2021-2031 « Décennie des racines africaines et de la diaspora africaine » de l’Union africaine, est le quatrième du genre sur le continent après les Congrès de Dar-es-Salam (1974), Kampala (1994) et Johannesburg (2014).
Cette appropriation continentale du Congrès panafricain, après que les cinq premières éditions se soient tenues hors des terres africaines, se justifie par les visées émancipatrices et universalistes du mouvement panafricain.
Le 9ème Congrès panafricain de Lomé a eu pour thème : «Renouveau du panafricanisme et rôle de l’Afrique dans la réforme des institutions multilatérales : mobiliser les ressources et se réinventer pour agir».
En confiant au Togo l’organisation de ce Congrès, l’Union africaine confirme le travail remarquable que notre pays fait depuis les années d’indépendance pour l’émancipation de l’Afrique, son affranchissement des tutelles extérieures et, depuis quelques années, la mobilisation des diasporas africaines, y compris les afrodescendants, pour le développement du continent.
Le 9ème Congrès panafricain de Lomé dont la Colombie fut le pays invité d’honneur à travers la présence effective de sa Vice-présidente, S.E. Mme Francia MARQUEZ, a été l’occasion pour les représentants des Etats africains, des nations non africaines mais ayant une forte communauté de personnes d’ascendance africaine, des organisations représentatives des diasporas, des jeunes et des femmes, de réaffirmer leur engagement pour une Afrique unie, qui parle d’une seule voix pour déjouer les pièges de l’instrumentalisation et de la subordination d’où qu’ils viennent.
L’appel à l’unité de l’Afrique jadis lancé par Kwame Nkrumah, l’un des pères fondateurs du panafricanisme, est toujours d’actualité. Il n’y a pas plusieurs peuples africains. Il n’y a qu’un seul peuple africain, où qu’il vive et quels que soient les pays où vivent les communautés. Le Congrès panafricain de Lomé a été l’occasion d’une véritable communion fraternelle.
Le principal livrable de ce Congrès est sa déclaration finale, qui intègre celles des six précongrès régionaux tenus à Salvador de Bahia au Brésil, à Pretoria en Afrique du Sud, à Bamako au Mali, à Rabat au Maroc, à Brazzaville au Congo et à Dar-es-Salaam en Tanzanie.
Outre la réaffirmation d’une vision renouvelée du panafricanisme, le 9ème Congrès a réitéré l’engagement des peuples africains et des afrodescendants en faveur de la pleine mise en œuvre du Consensus d’Ezulwini et de la Déclaration de Syrte qui réclament de façon générale une refonte des institutions internationales pour plus d’équité et de justice et, en particulier, l’allocation à l’Afrique de deux sièges permanents et de cinq sièges non permanents au Conseil de sécurité des Nations unies. Les congressistes ont également appelé à la décolonisation de l’esprit et à la réinvention de soi à travers la promotion de la souveraineté intellectuelle et la valorisation des langues africaines, des cultures et des savoirs endogènes.
Pour éviter que le 9ème Congrès panafricain ne soit un congrès de plus dont les recommandations resteraient dans les tiroirs, six importantes décisions ont été prises :
–La coordination du suivi de la mise en œuvre des engagements et décisions a été confiée au Togo qui doit l’assurer en collaboration avec la Commission de l’Union africaine, les Etats africains, les nations ayant des communautés d’afrodescendants et les institutions diasporiques ;
–La mise en place d’un comité de suivi des recommandations et décisions qui assurera la continuité et la cohérence des engagements pris à Lomé ;
–L’engagement à appuyer l’institutionnalisation d’une Journée panafricaine en mémoire des déportés et des victimes de l’esclavage et de la colonisation ;
–La saisine de l’Assemblée générale des Nations unies en vue de l’adoption d’une résolution sur les réparations et les restitutions ;
–La tenue d’une édition du Congrès panafricain tous les cinq ans ;
–La transmission formelle de la Déclaration finale du 9ème Congrès panafricain de Lomé à l’Union africaine.
Je voudrais ici rassurer tous ceux qui en douteraient encore que le Togo mettra tout en œuvre pour que ces décisions ne restent pas lettres mortes.
…il est certes l’événement phare de l’année ! Mais visiblement, le 9ème Congrès panafricain n’est pas la seule activité au registre de l’engagement du Togo pour le rétablissement de la vérité historique et la réparation des injustices vécues par les peuples africains. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Vous avez raison. L’un des traits caractéristiques de la politique étrangère du Togo aujourd’hui est notre lutte pour la reconnaissance des préjudices de diverses natures infligés aux peuples africains et aux afrodescendants par l’esclavage, la déportation de masse et la colonisation.
Les stigmates de ces crimes odieux sont encore très présents au sein de nos sociétés. Se battre pour une reconnaissance de ces crimes et réclamer la réparation ne signifie pas une résignation dans la victimisation mais constitue une catharsis nécessaire à l’amorce de la cicatrisation de ces blessures.
Il nous faut exiger et obtenir des garanties que nos descendants ne connaîtront plus jamais les mêmes humiliations, les mêmes tourments et le même mépris que nos ancêtres ont subis. Il est temps de solder les comptes du passé et le Togo y est résolument engagé.
Nous sommes profondément convaincus que l’humanité et l’équité sont indivisibles, et que l’avenir des relations entre les peuples ne peut se construire que sur la base de la vérité et de la justice.
C’est dans cet esprit que sous le leadership de Faure Essozimna GNASSINGBÉ, nous avons soumis au Sommet des Chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine qui l’a adopté à l’unanimité le 16 février 2025, un projet de décision qualifiant l’esclavage, la déportation et la colonisation de crimes contre l’humanité et de crimes de génocide contre les peuples africains. L’objectif principal de cette décision est de mettre des mots justes, nos propres mots sur les souffrances qui nous ont été infligées. Cette décision envoie un message fort à la communauté internationale sur la soif de justice et les attentes de reconnaissance et de réparation des injustices historiques subies par les peuples africains et les afrodescendants, et permet d’affirmer le leadership du continent sur la question de la réparation afin d’éviter de nous faire dicter les termes du débat.
Par ailleurs, l’un des faits historiques qui a jusqu’à ce jour de profondes conséquences sur les nations africaines est le partage de l’Afrique dont les clauses ont été définies à la Conférence de Berlin (15 novembre 1884-26 février 1885). A l’occasion de la commémoration des 140 ans de cet événement funeste, j’ai été invité, le 30 janvier 2025, à partager mes vues et convictions sur la Conférence de Berlin et ses implications pour l’Afrique ainsi que sur sa place en tant qu’actrice de la scène internationale.
C’est toujours dans le cadre de cet engagement que participant le 09 avril 2025 à la rencontre sur le thème : «La Conférence de Londres, 125 ans plus tard : le panafricanisme et le dialogue sur les réparations» à la School of Oriental and African Studies de Londres, j’ai plaidé pour que les pays jadis auteurs de l’esclavage et de la colonisation reconnaissent leurs torts et engagent le dialogue afin de bâtir un avenir réconcilié avec le passé. Cette reconnaissance, les peuples d’Afrique et les afrodescendants l’attendent, l’exigent.
A l’invitation de mon homologue croate, j’ai pris part à la 18ème édition du Forum de Dubrovnik, les 11 et 12 juillet 2025. Là aussi, j’ai relevé les facteurs qui plombent la confiance entre l’Europe et le Sud global.
De même, j’ai eu à prononcer au nom du Président du Conseil une allocution sur le thème : «Qualification de l’esclavage, de la déportation et de la colonisation de crimes contre l’humanité et de génocide contre les peuples d’Afrique et le 9ème Congrès panafricain» lors du deuxième forum de partenariat Afrique-CARICOM qui s’est tenu au siège de l’Union africaine à Addis Abeba, le 09 septembre dernier. Mettre ce partenariat entre l’Afrique continentale et l’Afrique des Caraïbes au service de la cause commune de la réparation traduit la vérité suivante : en se mettant ensemble pour porter la cause de la réparation, nous la servirons mieux.
Au-delà de la question des réparations, ce forum a été l’occasion de poser les bases d’une mobilisation des communautés afrodescendantes des Caraïbes au soutien du développement du continent à travers les différentes initiatives de l’agenda 2063 de l’UA. Je suis également intervenu lors de la Conférence internationale sur les crimes coloniaux en Afrique qui s’est tenue à Alger du 30 novembre au 1er décembre 2025. Participant à la 80ème session de l’Assemblée générale des Nations unies, j’ai co-présidé, avec mon homologue angolais, Monsieur Antonio TETE et le Président de la Commission de l’Union africaine, Monsieur Mahmoud Ali YOUSSOUF, un événement parallèle sur le thème : «les Nations unies, 80 ans plus tard : accélérer le programme de réforme et renforcer la dynamique en faveur de la justice et des réparations».
Pour finir sur ce registre, je tiens à mentionner l’événement de haut niveau sur la réparation des injustices historiques organisé le 23 octobre par le Togo au Palais des nations, à l’endroit du corps diplomatique et des agences des Nations unies basées à Genève.
Le but de cette rencontre est de consolider le cadre normatif de la lutte pour la justice des victimes de l’esclavage, de la déportation et de la colonisation. Le cadre institutionnel international mis en place à la fin de la deuxième guerre mondiale offre un espace propice à tous ceux qui, habités par le déni et le mépris, ferment leurs consciences et leurs cœurs à la soif de justice exprimée par les peuples meurtris dont l’humanité a été déniée et l’identité capturée et délocalisée ailleurs.
Le silence ou du moins la complaisance de la communauté internationale sur ce sujet induit chez les peuples d’Afrique l’impression d’une hiérarchie des victimes au niveau international ; la gravité de l’acte et l’émoi qui en découle semblant être appréciés à l’aune de l’origine raciale ou géographique des victimes.
Pour y mettre fin, j’en ai appelé à l’initiation, sans délai, d’un projet de résolution qui nous permettrait de sortir de l’africanisation de la cause des réparations pour aller vers un processus global, inclusif et concerté de justice et de réparation pour les peuples d’Afrique par le droit et plus globalement, pour une refonte du système multilatéral. Vous comprenez pourquoi l’une des décisions du 9ème Congrès panafricain a été une résolution qui sera portée au niveau de l’Assemblée générale des Nations unies sur les réparations et les restitutions.
Il faut beaucoup de courage pour porter ce grand combat. Comment le Togo y parvient-il ?
Le courage, le Togo en a ! Mais nous avons aussi conscience que ce combat que nous portons n’aura de sens que s’il est soutenu par sinon l’ensemble des Etats africains, du moins, par la majorité d’entre eux. C’est dans ce sens que nous avons mis en place un certain nombre d’initiatives diplomatiques qui offrent aux pays africains des cadres informels de dialogue et de concertation où peuvent se murir des réflexions sur le repositionnement géopolitique et l’autonomie stratégique du continent ainsi que sur les principes d’égalité souveraine des États, d’indépendance, d’interdépendance et d’unité d’action. Je citerai seulement deux exemples, pour ne pas rallonger notre discussion.
D’abord, l’Alliance Politique Africaine (APA), lancée le 03 mai 2023 à Lomé, dont la 3ème conférence ministérielle s’est tenue le 02 juin dernier sur le thème «Place de l’Afrique dans un monde en mutation : enjeux d’un repositionnement stratégique et diplomatique».
Cette 3ème conférence de l’APA a été l’occasion de réfléchir sur les enjeux, les pistes et les perspectives de la construction de l’autonomie stratégique de l’Afrique sur les plans de défense, de sécurité et de protection. Dans un monde de plus en plus instable, l’Afrique se trouve devant l’impératif stratégique d’adopter une vision audacieuse et résolue pour construire son autonomie en matière de défense et de sécurité.
L’Afrique est un continent riche, nous le savons. Pour éviter que cette richesse ne soit à la merci des convoitises extérieures, il faut être en capacité de la protéger, dans l’intérêt de nos populations.
Ensuite, Lomé Peace and Security Forum (LPSF) qui a tenu sa deuxième session les 11 et 12 octobre 2025 sur le thème «l’Afrique face aux défis sécuritaires complexes : comment renforcer et rendre durables la paix et la stabilité dans un monde en mutation ?».
Cette rencontre a permis aux participants de formuler des recommandations pour le renforcement de la paix et de la stabilité en Afrique, l’autonomie stratégique dans un paysage africain en pleine mutation géopolitique, l’Intelligence artificielle et la paix en Afrique, la contribution des jeunes à une paix durable en Afrique et la consolidation de la paix et de la stabilité dans la région des Grands Lacs.
Justement monsieur le Ministre, la médiation du Togo dans le conflit à l’Est de la République Démocratique du Congo et la crise dans les Grands Lacs, parlons-en. Où en sommes-nous pour les négociations de paix ?
Il n’est un secret pour personne que l’engagement pour la paix et la stabilité en Afrique et dans le monde est un axe essentiel de la diplomatie togolaise. Le Togo privilégie le dialogue, l’écoute et la concertation comme moyens de résolution des conflits, au détriment des menaces, des invectives et des sanctions systématiques.
L’expérience et le leadership de Faure Essozimna GNASSINGBÉ en matière de médiation de paix sont reconnus par ses pairs qui l’ont désigné, le 12 avril 2025, comme médiateur de l’Union africaine dans la crise à l’Est de la République Démocratique du Congo, qui est d’une complexité exceptionnelle, due, entre autres, à sa durée et à son caractère multidimensionnel. Pour le Togo, quand un pays frère est en difficulté, nous n’avons pas le droit de jouer à l’indifférence. La paix en Afrique passe par la paix dans chaque pays du continent.
Ainsi, aussitôt après sa désignation, le médiateur s’est-il rendu en Angola pour rencontrer son prédécesseur dans cette mission, le Président João LOURENÇO, puis en République Démocratique du Congo et au Rwanda où il s’est entretenu avec les Présidents TSHISEKEDI et KAGAME, sans oublier le déplacement à Kampala pour échanger avec son homologue Yoweri MUSEVENI.
Le médiateur aura par la suite plusieurs contacts avec des acteurs congolais ainsi qu’avec les partenaires internationaux, ce qui lui a permis d’arrêter les priorités de la médiation à savoir : un cessez-le-feu dans les provinces orientales, le dialogue inter-congolais et l’aide humanitaire. C’est au bout de l’ancienne corde que l’on tisse la nouvelle, dit-on. Fort de ce principe, j’ai eu, le 24 avril, une séance de travail avec Monsieur Antonio TETE, Ministre des relations extérieures de l’Angola et sa délégation pour faire le point sur leur médiation et en tirer des leçons.
Le 17 mai, le médiateur a tenu à Lomé une réunion avec les co-facilitateurs désignés par la East African Community (EAC) et la Southern African Development Community (SADC) qui a permis d’acter les périmètres d’action et les feuilles de route de ces derniers.
Des initiatives visant à rétablir la paix dans les Grands Lacs sont nombreuses. Le Togo ne rejette aucune. Nous sommes ainsi impliqués dans les démarches de Doha et Washington, et avons participé à plusieurs rencontres dans ces capitales qui ont été des étapes importantes vers les accords de Washington, signé le 04 décembre 2025 par la RDC et le Rwanda sous l’impulsion des Etats Unis d’Amérique, en présence de Faure Essozimna GNASSINGBE et d’autres Chefs d’Etat.
En termes d’interactions avec les processus conduits par les États-Unis et l’État du Qatar, il est à souligner que la médiation de l’Union africaine participe directement au Comité conjoint de surveillance de l’Accord de Washington, ainsi qu’au Mécanisme conjoint de coordination de la sécurité. Les échanges entre Washington, Doha et Lomé sont réguliers, structurés et orientés vers des résultats concrets.
La médiation de l’Union africaine conduite par le Togo fournit des efforts pour unifier les initiatives de paix africaines et pour assurer la coordination entre les efforts américains, qataris et la médiation de l’Union africaine.
Pendant ce temps, la situation humanitaire se dégrade sur le terrain et les populations durement affectées continuent de payer le plus lourd tribut à cette crise. Pour y répondre, le Togo et la France ont organisé à Paris, le 30 octobre 2025, une conférence de soutien à la paix et à la prospérité dans la région des Grands Lacs.
Pendant que vous étiez sur tous ces fronts, il est à craindre que la défense des intérêts propres au Togo ne soit un peu laissée de côté. Professeur DUSSEY, quelles sont les actions de votre département dans le cadre de la coopération de notre pays avec des pays partenaires ?
Votre question est légitime mais votre crainte n’est pas fondée, car nous avons été sur les deux fronts. Au cours de cette année 2025, nous avons pris un soin particulier à entretenir nos liens avec nos alliés traditionnels et à élargir le réseau de nos partenaires.
Le choix du Togo est de coopérer avec tous les États épris de paix et qui sont disposés à accompagner le gouvernement dans la réalisation des grandes politiques de développement. Je puis vous annoncer l’élargissement du réseau diplomatique du Togo par l’ouverture d’une ambassade à Abu Dhabi aux Emirats arabes unis.
2025 marque par ailleurs le cinquantenaire de l’établissement des relations diplomatiques entre le Togo et le Vietnam. J’ai ainsi entamé l’année par une visite officielle à Hanoi, du 08 au 11 janvier 2025, couronnée par la signature d’un mémorandum d’entente relatif aux consultations politiques entre les ministères des affaires étrangères du Togo et du Vietnam ainsi qu’une lettre d’intention entre mon département et le ministère de l’agriculture et du développement rural du Vietnam.
Mon homologue vietnamien, monsieur Bui Thanh SON et moi avons convenu de procéder à la relecture de notre accord de coopération économique, commercial, culturel, scientifique et technique signé en 1995 en vue de son actualisation. Nous avons également exploré la possibilité de signer prochainement de nouveaux accords dans des domaines spécifiques tels que l’agriculture, le tourisme et les ports.
Le 13 mars 2025, se sont tenues à Ankara des consultations politiques bilatérales Togo-Turquie, puis, du 18 au 20 mars 2025, à l’invitation de mon homologue cambodgien monsieur Sokhonn PRAK, j’ai effectué une visite officielle à Phnom Penh, sanctionnée par la signature d’un accord d’exemption de visa au profit des Togolais et Cambodgiens détenteurs de passeports diplomatiques, officiels ou de service et un mémorandum d’entente sur les consultations bilatérales entre les ministères des affaires étrangères de nos deux pays. J’ai également eu des discussions très poussées avec les ministres du commerce et celui de l’industrie sur les partenariats que nous pouvons établir entre nos deux pays dans ces secteurs.
Nul n’ignore aujourd’hui l’essor économique et technologique de Singapour. Le Togo peut profiter de l’expérience de ce pays pour renforcer son processus de développement. J’ai ainsi accepté l’invitation de mon homologue singapourien, Dr. Vivian BALAKRISHNAN, pour effectuer une visite de travail à Singapour du 23 au 25 mars 2025. Avec les autorités singapouriennes, nous avons examiné le projet d’accord-cadre de coopération proposé par le Togo, et signé un mémorandum d’entente relatif aux consultations bilatérales entre les ministères des affaires étrangères des deux pays.
Nos relations avec la Fédération de Russie se sont davantage renforcées en 2025 à travers les consultations politiques bilatérales Togo-Russie, tenues à Lomé le 17 juin 2025. Ces consultations ont préparé le terrain à la visite que le Président du Conseil a effectuée à Moscou du 18 au 20 novembre à l’invitation du Président Vladimir POUTINE. Les questions de coopération bilatérale entre la Russie et le Togo, de paix, de sécurité ainsi que celles relatives aux grands sujets de géopolitique mondiale ont été au cœur des discussions au cours de cette visite.
Je m’en voudrais de ne pas évoquer la visite à Lomé, du 08 au 10 octobre 2025, de Monsieur Bruno Rodriguez PARRILLA, ministre cubain des relations extérieures, au cours de laquelle il a été reçu en audience par le Président du Conseil à qui il a transmis les salutations fraternelles de S.E.M. Miguel Díaz-Canel BERMUDEZ, Président de la République de Cuba.
Cette visite a été pour nous l’occasion de réaffirmer notre détermination commune à approfondir et diversifier notre coopération, notamment par la révision de certains accords existants et la conclusion de nouveaux instruments juridiques dans des secteurs stratégiques tels que la santé, l’agriculture, le commerce, les investissements, les mines et le tourisme.
Nous avons particulièrement convenu d’accélérer les consultations pour la réalisation des projets d’intérêt commun dans les secteurs de l’industrie pharmaceutique, des énergies renouvelables et de la transformation minière.
Le 10 octobre 2025, nous avons procédé à l’échange de Notes entre le gouvernement togolais et le gouvernement japonais relatif au don de véhicules au profit de la police togolaise par la partie japonaise. Du 20 au 22 août 2025, le Président du Conseil à la tête d’une forte délégation, a pris part à Yokohama au Japon à la 9ème Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD).
La participation du Togo à cette rencontre s’inscrit dans une triple dynamique stratégique à savoir le renforcement de la coopération bilatérale avec le Japon, notamment dans les secteurs portuaire, technologique, énergétique et agricole, l’alignement du Togo sur les objectifs de développement et d’intégration économique du continent, en lien avec l’Agenda 2063 de l’Union africaine et la mise en œuvre de la zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), et la contribution active aux réflexions multilatérales sur les enjeux globaux, en particulier la paix, la sécurité, le développement humain, la transition énergétique et la résilience face aux chocs mondiaux.
Avec l’Allemagne, un partenaire de longue date, nous avons eu à Berlin les 11 et 12 novembre 2025 des négociations intergouvernementales sur la coopération au développement.
En marge de l’Assemblée générale des Nations unies, j’ai signé avec mon homologue des Philippines, un Mémorandum d’entente sur les consultations politiques entre nos deux ministères. Un accord d’exemption de visa pour les détenteurs de passeports diplomatiques et de service a été également signé entre le Togo et le Kazakhstan ainsi qu’un un Mémorandum d’entente sur la migration et la mobilité avec l’Australie.
Quid de nos rapports avec l’Union européenne ?
Je suis heureux de vous dire que nos relations avec l’Union européenne sont au beau fixe. L’UE soutient le Togo dans son processus de développement durable et inclusif, conformément à la feuille de route «Togo 2025». Elle soutient les efforts déployés par le Togo pour renforcer le développement humain et l’inclusion socio-économique, promouvoir l’agro-industrie durable et la gestion des ressources naturelles, et bâtir une société pacifique et résiliente.
Le 24 avril dernier, nous avons tenu le dialogue de partenariat UE-Togo qui a été l’occasion de passer en revue les différents portefeuilles de notre coopération : développement, décentralisation et situation sécuritaire régionale ainsi que la lutte contre le terrorisme. J’ai également pris part à Bruxelles le 21 mai 2025 à la 3ème réunion ministérielle UE-UA au cours de laquelle nous avons procédé à un échange de vues sur le partenariat entre les deux organisations et sur la manière de renforcer davantage leur coopération.
Par une délégation conduite par le Président du Conseil, le Togo a également été présent au 7ème sommet UE-Afrique qui s’est tenu les 24 et 25 novembre 2025 à Luanda en Angola.
Monsieur le Ministre, nous arrivons au terme de notre entretien. Quel sera votre mot de fin ?
Je voudrais à l’orée de cette nouvelle année, formuler à l’endroit du Président du Conseil, Faure Essozimna GNASSINGBÉ, acteur des profondes réformes qui transforment et modernisent au jour le jour notre pays, mes vœux de santé, de paix et de prospérité. Unis derrière le Président du Conseil, nos compatriotes scrutent l’horizon avec sérénité et confiance en un Togo meilleur pour tous par le labeur de tous.
Je souhaite également au Président de la République, S.E.M Jean-Lucien SANVEE DE TOVE que 2026 soit pour lui une année porteuse de santé et de paix intérieure. J’étends ses vœux à tous mes collègues du Gouvernement.
Je demande au Seigneur de bénir tous les membres du personnel du Ministère des affaires étrangères, de la coopération, de l’intégration africaine et des Togolais de l’extérieur, qui travaillent au quotidien, chacun à son échelle, au rayonnement de la diplomatie togolaise. Puissent-ils connaître progrès et prospérité en cette année 2026.
Bonne année 2026 à tous !
Je vous remercie.
