Education sexuelle des jeunes: sujet diversement apprécié par des habitants de Kpalimé (MINI-REPORTAGE)

L’éducation sexuelle des jeunes demeure un sujet tabou dans nos sociétés. En Afrique, la sexualité reste toujours la chasse gardée des hommes et des femmes « mûrs », malgré les multiples campagnes de sensibilisation visant à amener certains parents à comprendre que les choses ont beaucoup évolué. Le débat est beaucoup plus sérieux dans les contrées les plus reculées où les sujets liés au sexe sont l’apanage des personnes âgées. Bref, on ne parle pas du sexe à l’enfant.

Par exemple à Kpalimé (ville située à environ 120 km au nord de Lomé), dans des milieux intellectuels, 5 adultes sur 10 sont favorables à l’éducation sexuelle des jeunes. Par contre dans le rang des analphabètes, 9 adultes sur 10 rejettent catégoriquement le fait de parler du sexe aux enfants.

Newell, père de deux adolescentes âgées de 12 et 14 ans, pense que ses filles sont encore trop jeunes pour les entretenir sur la sexualité.

« Ce n’est pas facile pour un homme de parler de ce genre de chose avec ses enfants. Leur expliquer comment on fait l’amour, je trouve cela un peu gauche », estime Newell.

« Sans vous mentir, je ne peux pas parler sexe à mes enfants. D’abord, comment vais-je aborder ce sujet avec eux? Par où je vais commencer? Et comment je vais les regarder en leur parlant du sexe? Nous ne devons pas imiter certaines choses que les blancs font. Nous sommes en Afrique et nous avons nos valeurs. Le sexe n’est pas un sujet dont on discute avec les enfants », renchérit Anita, maîtresse couturière.

A l’instar de Newell et d’Anita, plusieurs parents pensent que parler de la sexualité avec son enfant, c’est lui montrer comment entretenir une relation avec un homme. Mais, c’est une fausse conception.

« Il faut expliquer aux jeunes dès l’apparition des premiers signes de puberté, les risques qu’ils courent en entretenant une relation sexuelle et les amener à prendre les précautions », précise Mme Jeanne AFELI, chargée de programme Santé de la reproduction chez les adolescents et les jeunes au Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA-Togo).

Le UNFPA-Togo organise depuis lundi à Kpalimé, un atelier de formation à l’intention d’une cinquantaine de professionnels des médias publics et privés (radios, télévision, presse écrite et en ligne) venus du Golfe et des cinq régions du pays, ainsi que des représentants du Conseil National des Patrons de Presse (CONAPP) sur la « santé de la reproduction ». Cette formation est axée sur le thème: « réaliser un monde où chaque grossesse est désirée, chaque accouchement sans danger et le potentiel de chaque jeune, accompli ».

De nos jours, le fait de ne pas se débarrasser de certaines « pratiques » et « considérations », nous empêche d’évoluer et de rester à la traîne, alors que le monde est devenu un petit village planétaire.

Dans les sociétés modernes, l’éducation sexuelle des jeunes n’est plus un sujet tabou depuis des siècles. Mais certains parents ont quand même compris le bien fondé du sujet et font le petit effort.

Viviane, mère célibataire de trois fillettes de moins de 11 ans, s’est repliée sur sa paroisse pour contourner cette barrière. Elle a inscrit ses enfants à l’association des jeunes de la paroisse catholique qu’elle fréquente, pour qu’ils aient, tout au long de leur croissance, la meilleure éducation possible. A l’église, on leur parle de leur corps, des différentes relations entre les hommes et les femmes. Il faut savoir que mal conseillés ou pas du tout, les enfants se retrouvent souvent à faire des expériences par curiosité.

D’où les cas de grossesse de filles de moins de 18 ans que l’on rencontre dans les familles. Et ça, c’est le moindre mal : les plus malchanceux se retrouvent souvent porteurs de maladies comme le Sida.

Pour ses enfants, Gérard a trouvé une astuce: « Dans la famille, ce genre de discussion, les filles l’ont avec leur mère. C’est elle qui leur parle de leur corps, comment en prendre soin, comment se comporter face à un garçon, etc. Moi, je discute avec les garçons ».

« C’est plus facile lorsque chacun de nous s’entretient avec un enfant du même sexe que lui: quand vous expliquez, vous avez les meilleurs mots pour lui faire comprendre le message que vous voulez faire passer, puisque vous lui parlez en quelque sorte de vous à son âge », souligne Gérard, gréant d’un cyber café. FIN

De Kpalimé, Edem Etonam EKUE

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