Abus sexuels sur mineurs : Ces enfants qui souffrent, une réalité à combattre (Dossier)

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Meurtris jusque dans l’âme, des enfants endurent de terribles réalités pour leur jeune âge. Entre la douleur subie et ses séquelles, les abus sexuels ne cessent de prendre de l’ampleur, même dans le cocon familial, première cellule où tous les enfants devraient se sentir en sécurité.

Kokou a dû faire quinze séances de kinésithérapie avant que son anus retrouve toute son élasticité. Sexuellement abusé (depuis février 2021), ce garçon de 7 ans a souffert d’une incontinence fécale et ne pouvait se déplacer sans porter de couche. Dodji son jeune frère de 4 ans (victime d’attouchements), s’en est sorti avec quelques lésions anales. Akofa leur mère n’a été alertée qu’en juin.

« Il a commencé par salir sa culotte et moi je le frappais. Grande a été ma surprise de constater que le caca sort quand il est debout, quand il dort… Il a fini par m’avouer qu’il est régulièrement sodomisé par les deux garçons (13 ans chacun) de ma colocataire. Nous avons dû quitter la maison pour mettre les enfants à l’abri », nous a déclaré avec peine, dame Akofa.

Réalité bien triste

Akou et Yawa sont deux filles régulièrement abusées par leur père. Akou, aujourd’hui 17 ans, est la mère d’une enfant de 3 ans dont le père est aussi le grand-père. L’enfant issu de cette union incestueuse souffre d’un retard de développement. Jean a pu imposer cet acte à ses deux filles et une fois l’aînée enceinte, il a jeté son dévolu sur la cadette.

La nuit où Chantal (une autre victime) a été sexuellement abusée par son père, sa mère était en travail à la maternité. Cette enfant de 12 ans (au moment des faits) a dû être opérée au niveau des voies génitales et urinaires.

Les abus sexuels ne sont pas un mythe. Le fait est plus grave lorsqu’il s’agit de mineurs, pire quand les parents font partie des agresseurs. Et ce n’est pas seulement au Togo.

En Côte d’Ivoire, un père de famille a été inculpé le 9 septembre pour le viol de ses cinq enfants (âgés de 3 à 13 ans) auxquels il faisait consommer de l’ecstasy (une drogue psychoactive principalement utilisée à des fins récréatives), a annoncé la justice ivoirienne.

Au Kenya, « 5000 personnes ont dû recevoir des soins suite à un viol durant la période de pandémie. 70% sont des mineurs et 95% des filles, le plus souvent agressées par un membre de leur famille », avait exposé le ministère de la santé, soulignant que 2.432 filles âgées de moins de 14 ans sont tombées enceintes à Nairobi, suite à ces agressions.

Un grand traumatisme

Selon Donatien Ayena (psychologue clinicien), l’abus sexuel est une urgence et des analyses doivent être faites dans les 72 heures pour prévenir le SIDA, l’hépatite et d’autres maladies maladies sexuellement transmissibles. La prise en charge psychologique doit être également déclenchée, car les conséquences sont aussi énormes. Le fait peut être dommageable à vie.

« Certains enfants ont développé une maladie mentale chronique. Nous essayons d’amener la victime à exprimer sa souffrance. On arrive à concevoir avec elle, un projet thérapeutique, selon le besoin. Cette phase dure au minimum 6 mois et pour certaines, toute la vie. Le cas qui m’a le plus abattu est celui d’un enfant de 9 ans orpheline de mère, sexuellement abusée en 2019 par un apprenti maçon de 18ans ».

« Évacuée au CHU Sylvanus Olympio, elle a été opérée deux fois : le chirurgien a fait un trou au niveau de l’abdomen pour qu’elle puisse évacuer les matières fécales pendant qu’il répare l’anus. Quelques semaines après que la plaie se soit cicatrisée, elle a subi une deuxième opération pour réparer l’appareil urinaire et l’utérus ».

M. Ayéna.

La persistante question, c’est comment ces enfants vont affronter tout ça, à l’âge adulte. Pourront-elles avoir une sexualité épanouie, une maternité sans risque ?

« Cela va dépendre de la prise en charge psychologique, car chaque enfant a son histoire. Je peux vous citer le cas d’une fille de 12ans, sourde et muette, qui a contracté le VIH/SIDA suite à un viol, ça n’a pas été facile », a déploré l’un des gynécologues du CHU.

« La situation de chaque enfant est étudiée en vue d’un accompagnement, et le suivi est permanent. En 2020, le centre a enregistré 80 cas d’abus sexuels », a déclaré Sœur Elisabeth Mabangi (en photo), assistante sociale au Centre Kékéli.

« Cette année, nous avons déjà accueilli 73 enfants victimes d’abus sexuels », ajoute Alex Meba (juriste au centre).

Un arsenal juridique, cependant…

Selon M. Meba, le code de l’enfant et des dispositions comme l’article 396 relatif à l’abus sexuel, font partie de l’arsenal juridique togolais.

« L’agresseur peut faire jusqu’à 30 ans de prison surtout en cas de viol, comme le prévoit l’article 215 du nouveau code pénal. Mais beaucoup n’arrivent pas à purger leur peine. La victime la moins âgée reçue pour un cas d’abus sexuel, avait trois mois lors de l’agression. Mais l’agresseur était un mineur de moins de 14ans,  donc pénalement irresponsable (Article 302 du code des enfants) », explique M. Meba.

« Sur la centaine d’actions enclenchées en justice depuis 5 ans, très peu ont suivi leur cours à cause de la pression de la famille de l’agresseur, et surtout l’interférence des chefs coutumiers qui prônent un règlement à l’amiable. », déplore M. Meba.

Et si on outillait les enfants ?

Le viol est une destruction de l’âme. Même au cœur de la famille, despersonnes insoupçonnables profitent de la naïveté des enfants, et les milieux nantis ne sont pas épargnés.  Nous devons donc lever le tabou et apprendre aux enfants, ces gestes qui doivent les alerter, pour un éveil radical. Intégrer des notions d’autodéfense aux programmes scolaires serait une des solutions pour protéger les enfants, afin d’en faire des leaders dont nous avons besoin pour le développement de notre nation.

La justice pourrait également plus se pencher du côté de ces « survivants » d’agressions sexuelles, qui ont souvent besoin de temps pour raconter leur douleur et ainsi, se libérer. FIN

Ambroisine MEMEDE

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