Législatives : Interview exclusive de M. Isaac Tchiakpè (Conseiller de Gilchrist Olympio)

M. Isaac Tchiakpè (Conseiller de Gilchrist Olympio).

La campagne électorale en vue des élections législatives du 20 décembre a démarré ce mardi sur l’ensemble du pays. Au total 850 candidats issus de 130 listes sont en lice pour ce scrutin. Les 14 partis politiques de la coalition de l’opposition n’ont pas présenté de listes pour ces élections. Ils dénoncent des « irrégularités » dans l’organisation de ces élections et exigent l’arrêt du processus électoral.

L’Union des forces de changement (UFC) de l’ex-opposant historique Gilchrist Olympio participe à ce scrutin. Pourquoi ce choix ? Comment expliquez le boycott de la coalition ? Quelle est la position de l’UFC par rapport au texte de l’expert de la Cédéao ? Autant de questions posées à Isaac Tchiakpè (Conseiller du président de l’UFC).

 

Savoir News : Pourquoi l’UFC s’est engagée dans ces législatives ?

 

Isaac Tchiakpè : C’est conforme à nos engagements qui sont de contribuer à une mise en œuvre de la feuille de route des chefs d’État de la Cédéao qui comporte trois volets. Le volet ayant trait aux réformes constitutionnelles et institutionnelles, le volet législatif et le volet relatif aux mesures d’apaisement.

Dès lors que la conférence des chefs d’État ne nous dit pas que le scrutin ne se déroule pas conformément aux normes et standards en vigueur, nous participons. C’est la Cédéao qui est garante de la fiabilité, parce qu’elle nous a apporté une expertise et une observation à long terme.

Deuxièmement, c’est parce que nous voulons être une force de politique de proposition et d’élaboration. Nous tenons compte de notre histoire. Nous avons un parti politique qui a les mains mises sur les leviers de l’État pendant 50 ans. La seule manière d’obtenir l’alternance, passe par une négociation, une stratégie de coopération.

Donc, notre stratégie c’est la négociation coopérative, qui est un pari gagnant/gagnant et une démarche de long terme.

Il s’agit de créer un climat de confiance et de respect avec ceux qui étaient nos ennemis, pour les amener à lâcher progressivement le pouvoir et les rassurer. Et c’est pour nous-mêmes, une façon de nous frotter aux réalités du pouvoir d’État, puisque pendant des années, nous avons été dans la contestation systématique. Pour devenir mécanicien, il faut bien l’apprendre.

Nous tenons compte à la fois de notre passé, de nos errements. Nous donnons de la profondeur historique à notre engagement politique qui est, je le rappelle, d’œuvrer pour une alternance pacifique,  une prospérité partagée et une solidarité sociale   .

Les identités politiques togolaises sont trop figées. Donc, il s’agit de changer la représentation et l’image que nous avons de l’autre. C’est parce que nous avons une meilleure faculté de résilience que nous avons accepté de coopérer avec le parti au pouvoir.

Si nous ne le faisons pas et si nous laissons le parti au pouvoir avoir les mains mises sur tout, ce serait une victoire posthume de l’ancien système.

On ne peut pas vivre éternellement comme des étrangers dans le pays. Il faut agir politiquement, par une approche de respect mutuel, une approche de bienveillance, mais d’exigence dans le fond. L’exigence de fond, c’est une exigence d’alternance, une exigence de réduction de la pauvreté, une exigence de partage de richesse. Et ça, on ne peut pas le faire, si on est à distance et on se contente de coups de menton et d’attitude comminatoire.

C’est un charisme de conviction qui fonde notre stratégie de négociation coopérative, parce que nous tenons cela pour juste, c’est-à-dire réconcilier, parler avec ceux qui étaient nos adversaires, les mettre en confiance et les convertir à des valeurs de la démocratie.

 

La coalition n’a pas présenté de listes pour ce scrutin. Elle dénonce des «irrégularités». Comment analysez-vous cette position de ce regroupement ?

 

Le chef de file de l’opposition a dit qu’on ne peut pas les pousser à aller boire de l’eau à la rivière. Et vous savez bien ce qui arrive à l’âne de Buridan: l’âne placé entre un seau d’eau et un saut d’avoine ; il refuse à la fois de boire l’eau et de manger l’avoine, il meurt de faim et de soif.

La coalition a choisi une logique de l’absurde jusqu’au bout, et elle est cohérente avec elle-même. S’ils sont cohérents avec cette logique de l’absurde, c’est leur problème. Il appartiendra à la Cédéao et à la Communauté internationale – au lendemain de ce scrutin – de dire si le scrutin s’est déroulé suivant les normes et standards internationaux en vigueur.

La Cédéao nous a apporté son expertise, elle a fait auditer le fichier électoral, elle a dépêché des observateurs de long terme, les ambassadeurs accrédités au Togo ont proposé à la coalition d’y aller. On ne va pas éternellement courir après eux.

Il y a une sorte de puérilité dans ces démarches, comme des enfants à qui on donne du chocolat pour qu’ils s’apaisent, mais qui, après avoir mangé du chocolat, demandent encore autres choses. C’est une attitude puérile.

Il est important maintenant, qu’on ait des gens plus responsables et qui savent faire des compromis. Et c’est à cela que nous les invitons.

 

La vice-présidente du Parlement de la Cédéao a appelé à un report de ce scrutin. Votre réaction ?

 

Cette dame n’a donné que son avis. Nous avons des facilitateurs et la Commission de la Cédéao a été mandatée pour faire appliquer  la feuille de route. On a un premier avis de la Cédéao dans le communiqué qu’elle a publié avec les facilitateurs le 26 novembre. Elle avalise le processus électoral, à cette étape. On ne peut pas tout le temps avoir raison contre tout le monde. S’ils ont choisi de boycotter, c’est leur droit, le boycott n’est pas encore un délit. Et Madame Toungara n’a exprimé qu’un avis qui est relatif, puisqu’elle s’en remet aux facilitateurs et aux chefs d’État de la Cédéao. On verra bien ce que ces chefs d’État diront lors du sommet de la Cédéao prévu le 22 décembre prochain.

 

Le texte de l’expert de la Cédéao fait polémique. Quelle est la position de l’UFC ?

 

Elle est claire et conforme à la décision des chefs d’État de la Cédéao, qui ont fixé des repères pour les modifications constitutionnelles et institutionnelles.

Le repère général, c’est la limitation à deux. Et pour ce faire, la commission a mandaté un expert pour faire des propositions. L’expert (lui-même) reconnaît que ce sont des propositions qu’il a faites, qui doivent faire l’objet d’adaptation en fonction des réactions de toutes les parties. Donc, ce n’est pas un diktat, ce n’est pas une science qu’il veut nous infuser. Et même si c’était une science, il s’agit d’une architecture constitutionnelle pour notre vivre-ensemble. Cela suppose de part et d’autre qu’on fasse des compromis. Quand ils étaient à la commission des lois, le texte qui a été adopté, dépasse les attentes de cet expert, puisque qu’il contient la phrase qui fait polémique (, nul ne peut..) qui rejoint plus ou moins, la préoccupation de la coalition. Je veux simplement dire par anticipation que la loi ne dispose que pour l’avenir. Nous voulons construire une démocratie inclusive et on commence par avoir des démarches d’exclusion. FIN

 

Propos recueillis par Émile Enyonam KOUTON

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