Eco: Bonaventure Boma, le roi de la boulangerie au Togo (PORTRAIT)

Comme chaque année pour la fête du pain, du 15 au 21 mai, Bonaventure Boma active ses fours et son personnel. Le boulanger le plus célèbre de Lomé partira ce lundi dans le nord du Togo pour y faire découvrir ses baguettes.

Il y a encore une dizaine d’années, la spécialité préférée des Français n’était pas particulièrement populaire dans ce petit pays d’Afrique de l’Ouest.

« Mais aujourd’hui, c’est devenu une habitude pour le petit-déjeuner, et même pour le goûter », s’enthousiasme l’insatiable homme d’affaires.

Dans les rues de Lomé, des vendeurs en tricycle proposent du pain et des tasses de café à emporter à l’heure de l’ouverture des bureaux ou à la sortie des classes. Le Togo compte 150 boulangeries dont une cinquantaine à Lomé.

Le pain, hérité de l’époque coloniale, séduit de plus en plus l’Afrique francophone, notamment une classe moyenne et urbaine.

Il y a un an, les boulangers du Burkina Faso voisin s’étaient mis en grève, faisant trembler les deux millions d’habitants de Ouagadougou qui consomment à eux seuls près de 5 millions de baguettes par jour selon le Syndicat national des boulangers et pâtissiers du Burkina (FNBPB).

A Dakar ou à Abidjan, les grandes enseignes de boulangeries françaises telles que « Chez Paul » ou « La Brioche dorée » ont pignon sur rue.

« Je suis curieux, je voyage beaucoup », explique M. Boma. « Lors d’un séjour au Sénégal il y a trente ans, j’ai remarqué qu’ils consommaient déjà beaucoup de pain, et je me suis dit ’pourquoi pas au Togo’ ? ».

Le problème pour l’Afrique de l’Ouest, convertie pour de bon à la sacro-sainte baguette, c’est que la région produit très peu de blé : une aubaine pour les céréaliers européens et américains -l’Afrique sub-saharienne a importé plus de 23 millions de tonnes de blé en 2015, selon le département de l’Agriculture américain- mais une perte considérable pour les boulangers africains.

Bonaventure Boma, à son retour de Dakar, décide de contourner cet obstacle financier en mettant au point un pain à base de farine de sorgho, de manioc et d’igname, céréales cultivées dans le nord du pays.

Une originalité qui lui a permis de représenter le Togo à la foire mondiale des boulangers qui s’est tenue à Milan, il y a deux ans.

– Revanche –

Le gamin qu’il était, issu d’une famille pauvre du nord, a pris sa revanche : à l’âge de 13 ans, il commençait déjà à travailler dans les champs d’arachide, de mil et de sorgho pour un salaire dérisoire de 250 F.CFA (0,38 euro) par jour. Quasiment le prix d’une de ses baguettes aujourd’hui.

Après avoir ouvert une petite épicerie, il fonde sa première boulangerie en 1992 avec un investissement bancaire de 30 millions de francs CFA (50.000 euros).

Il travaille dur, dort peu et se forme « sur le tas, auprès d’un vieux boulanger très expérimenté ».

Aujourd’hui, le Togolais de 57 ans est à la tête de deux grandes boulangeries modernes dans la capitale et le pain de sa société Bomaco est devenu incontournable.

Le boulanger vend en moyenne 5.000 baguettes par jour, assure-t-il, dans les supermarchés de Lomé et dans d’autres villes du pays.

Il livre également les casernes des militaires et l’aéroport international Gnassingbé Eyadéma et emploie plus de 80 personnes.

En 2006, il contracte un nouveau prêt bancaire et investit dans un « petit » hôtel, avec deux restaurants et boîte nuit, qu’il gère avec sa fille. « Même si moi je reste surtout dans mon pain », assure-t-il.

Cet infatigable optimiste travaille désormais sur un grand projet d’infrastructure touristique estimé à 2 milliards de francs CFA (trois millions d’euros) qu’il rêve d’installer au bord de la mer, près de Lomé.

« Nous voulons construire un grand hôtel de classe internationale avec un vrai centre de formation en cuisine », affirme M. Boma.

Et quand il en aura fini de son complexe hôtelier, il rêve de développer son propre « Chez Paul », une franchise de boulangerie 100% africaine.

« En hôtellerie, en gastronomie, je mise sur une clientèle africaine. Je rentre tout juste d’Accra, et j’ai remarqué qu’il n’y a presque plus de Blancs aujourd’hui dans les grands hôtels, ce ne sont plus que des Africains », confie-t-il.

Et c’est alors qu’une petite voix lui a probablement soufflé : ’Et pourquoi pas au Togo ?’

Emile KOUTON / AFP