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Quand des églises et sectes poussent comme des champignons à Lomé, l’Etat doit sévir (REPORTAGE)

mardi 28 juin 2011 à 12:15

Rassemblés sous une petite tente de fortune au milieu d’une maison non bâtie à Hedrzanawoé - l’un des quartiers populaires de Lomé - , un groupe de jeunes chantent, prient et dansent à grands bruits.

"Le Seigneur est grand, il fait toujours de merveilles pour les pauvres. Je vous le dis, préparez-vous, car il viendra comme un voleur", lance au milieu de ces jeunes, Pasteur Jean Paul Aziadouni, 36 ans, vêtu d’une veste noire, une chemise blanche avec une cravate bordeaux.

Ancien professeur de mathématiques dans un collège privé, ce dernier a abandonné son travail depuis 2009 pour se "consacrer entièrement au Seigneur".

"J’ai laissé le métier parce que l’Eternel m’a appelé et j’ai répondu à son appel. Je me consacre maintenant entièrement à mon Seigneur", confie le jeune pasteur.

Jean Paul Aziadouni tente d’installer depuis début juillet, son église baptisée, "La vraie parole de Dieu sauve". Pour l’instant, ses fidèles se regroupent sous une tente de fortune pour prier, chanter et danser.

Non loin, à environ 75 mètres, se dresse, une autre église. Au fait, il s’agit d’un garage transformé l’année dernière en un lieu de culte par des ressortissants nigérians.

"C’est une situation très difficile que nous vivons depuis que ces églises sont installées à côté de nous. Ils font trop de bruits, surtout les dimanches. Ils jouent de la musique à forte intensité et crient durant les cultes", se plaint Dame Agoudé, propriétaire d’une maison située non loin.

Dans certains quartiers de Lomé, c’est devenu pratiquement la mode, car l’activité devient de plus en plus rentable. Ainsi, pour se faufiler dans la crise économique, beaucoup de jeunes optent pour se secteur. Ils s’improvisent "Pasteur", "Révérend", "Evangéliste" etc…, alors qu’ils n’ont reçu aucune formation digne de ce nom.

Il n’est pas rare de voir dans certains quartiers de la capitale, des garages, des boutiques, des lieux publics et même des salles à manger transformés en des lieux de cultes. Ceux qui disposent d’un peu moyen - après avoir fait de prêts dans des Mutuelles d’Epargne et de Crédit - se jettent sur des maisons non bâties, souvent abandonnées par leurs propriétaires qui vivent hors du pays.

Les quartiers pris d’assaut par ces pasteurs, évangélistes et autres sont : Adidigomé, Djidjolé, Adakpamé, Baguida, Avédji et Hedzanawoé.

Adidogomé et Hedzranawoé sont les deux quartiers qui battent le record, selon des enquêtes menées par une équipe de l’Agence Savoir News.

Par exemple à Hedzranawoé, non loin de la piscine Atlantide, se côtoient une dizaine d’églises dans un rayon de 150 mètres. Dans le quartier, certaines maisons sont encerclées par des églises. C’est le cas d’un correspondant de la presse internationale, bien cerné par deux églises.

"C’est le calvaire chez moi, depuis quelques mois. Deux églises sont installées, en l’espace de trois mois juste derrière et puis à côté de moi. Il s’agit de deux maisons vides que les promoteurs de ces églises ont occupées. La situation est surtout invivables les dimanches entre 8H et 12H", se plaint ce journaliste.

"Les propriétaires de maisons, situées dans la rue ont mené des démarche en direction de la Mairie de Lomé, mais cela n’a rien donné. Il y a la musique derrière, et à côté, c’est le grand tam-tam. Il est m’est parfois difficile de prendre le téléphone au salon, à cause du bruit. Ces trois dernières semaines, une forme de concurrence s’est installée entre les promoteurs de ces deux églises, car le son monte très fort de chaque côté", ajoute-t-il.

Aujourd’hui, les investigations menées ont prouvé que l’église est l’une des activités les plus rentables. Il suffit seulement de maîtriser quelques passages de la bible et d’être un bon orateur. Le tout est bien joué, lorsque certains jeunes "recrutés", viennent faire des témoignages lors des cultes, histoire d’attirer d’autres fidèles. La moisson est encore bonne, lorsque le fondateur de l’église sait prêcher en anglais.

Ces pasteurs sans foi, ni loi vivent sur le dos de leurs fidèles. Tous les arguments sont bons pour soutirer de l’argent aux pauvres qui ont soif de la parole de Dieu. Leurs véritables sources de revenus : les quêtes et surtout la dîme des fonctionnaires ou salariés.

La dîme représente la dixième partie du salaire ou revenu que le fidèle est tenu de verser à l’église.

Par exemple un salarié qui gagne 60.000 F.CFA par mois, est tenu de verser à la fin du mois, 6.000 F. CFA à l’église.

"Le pasteur doit aussi vivre : manger, se soigner, s’habiller etc… En plus, l’église a également des dépenses (l’électricité, l’eau, les bancs, les chaises …). Et c’est les quêtes et la dîme qui nous permettent d’engager toutes ces dépenses", se défend Aristide, interprète dans une église à Adidogomé.

"Au sein de l’église, il y a également des employés dont les secrétaires, les interprètes, les superviseurs. Et ceux-là doivent aussi être rémunérés à la fin du mois. Où est-ce que le Pasteur trouvera les ressources nécessaires pour les payer ? Il faut nécessairement la participation des fidèles et ce n’est pour rien que le Seigneur lui-même a institué la dîme", argumente ce jeune interprète, étudiante en fin de formation en anglais à l’université de Lomé.

Selon la bible, la dîme est un concept de l’Ancien Testament. La dîme était une exigence de la loi selon laquelle tous les Hébreux devaient donner 1/10e de ce qu’ils avaient gagné et avaient cultivé au Temple. Certains comprennent la dîme de l’Ancien Testament comme une méthode de taxation pour pourvoir aux besoins des prêtres et lévites du système sacrificiel. Le Nouveau Testament n’ordonne nulle part, ni même ne recommande que les Chrétiens se soumettent à un système de dîme juridique.

Beaucoup de pasteurs interrogés, reconnaissent l’existence d’un grand nombre de brebis galeuses dans le secteur.

"Tout le monde est aujourd’hui Pasteur, parce qu’on estime que c’est le milieu dans lequel on peut s’enrichir. Nous nous organisons déjà, en vue d’assainir notre secteur. Nous avons également sollicité le concours du ministère de l’administration territoriale", souligne le pasteur d’une église implantée à Avédji.

Selon des sources proches du ministère de l’administration territoriale, le gouvernement serait en train d’élaborer une loi relative aux conditions d’exercice et de liberté de culte au Togo.

Plusieurs plaintes sont déposées sur le bureau du ministre toutes les semaines, du fait des bruits de ces églises installées un peu partout dans la ville, souligne une source proche du ministère.

Edem Etonam EKUE

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